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Ecole des Cognacs
16100 COGNAC

Véronique Lemoine
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vlemoine@ecole-des-cognacs.com
Un but de promenade étonnant : le conservatoire des cépages Version imprimable Suggérer par mail
Cognac Magazine / Comprendre

ic-scsemillon.jpg Prenez votre vélo par un beau matin, entraînez avec vous votre éventuelle petite famille.(la voiture est aussi possible, mais moins bucolique). Printemps, été ou automne, qu'importe, la promenade sera fructueuse.

 

Quittez Cognac en direction de St Jean d’Angely ou Burie. A quelques kilomètres à peine, après les toboggans de l’Epine, qui vous auront prouvé que les Borderies sont tout sauf un plat pays, tournez vers la gauche sur la D159.Vous traverserez un petit pont. Prenez la première encore à gauche (elle s’appelle toujours D159). A 500 mètres, au lieu-dit La Cassotte, au lieu de continuer sur la route qui oblique, engagez-vous sur le petit chemin de terre qui longe les vignes, juste en face de vous.

Encore 500m et vous y êtes.


Derrière un chêne plus que centenaire, un vignoble de poupée : celui du Conservatoire du vignoble Charentais. Et pas seulement charentais d’ailleurs.
Ici, soigneusement étiquetés, s’alignent en rangs bien ordonnés plus de 150 cépages différents. Une belle collection ampélographique.

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L’ampélographie est la science des cépages.
Dans des temps pas si reculés que cela, l’ampélographe, Sherlock Holmes du vignoble, parcourait le monde la loupe à la main pour observer feuilles et sarments sous toutes les coutures et en déduire les parentés entre cépages. C’est ainsi qu’on pouvait reconnaître que le pinot Saint Georges de Californie n’était autre que la Folle noire des îles de Ré et d'Oléron.
L’analyse génétique est maintenant plus efficace que la loupe, mais le métier reste le même : traquer les cépages « inconnus » et vérifier s’ils ne sont pas identiques à un cousin étranger.

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Un premier îlot figure une France viticole en réduction : Pinot noir et Riesling y voisinent avec la Syrah, dans une promiscuité qui ferait pâlir les contrôleurs zélés de l’INAO, garants des règles des AOC, dans tout vignoble de production.
Mais il ne s’agit pas ici de produire. Le conservatoire, géré par l’IREO des Charentes, a pour but la sauvegarde du patrimoine génétique du vignoble.
En dehors de cet îlot « France », les cépages locaux sont à l’honneur : 40 cépages régionaux, cultivés ici depuis le 18°siècle, et plus de 30 variétés de porte-greffes utilisés en Charente depuis la crise du phylloxera.
Car l’omniprésence de l’Ugni Blanc dans l’élaboration des Cognacs peut faire oublier la diversité de l’encépagement local : non seulement des cépages autorisés pour l’élaboration des eaux de vie de cognacs mais aussi ceux des vins charentais.

Dans la zone des cépages blancs, les cépages « cognacs » sont bien sûr repésentés. Ugni Blanc, certes, mais aussi la fragile Folle Blanche et le Colombard : les trois cépages les plus répandus.

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Leurs voisins sont moins connus : Meslier Saint François (autre nom du Blanc Ramé) et Montils, vieux cépages locaux rescapés du phylloxera. Et deux créations très récentes : le Folignan et le Select . Le Folignan est le résultat des amours encadrées sur paillasse de la Folle Blanche et de l’Ugni Blanc; il est autorisé depuis fin 2005.

© INRA / Louis Bordenave

 

Mais aussi Sémillon ou Jurançon Blanc, répandus dans tous les vignobles du Sud Ouest et utilisés ici surtout pour les vins de pays charentais. Ces cépages sont autorisés aussi mais en plus faible proportion: one peut pas faire un Cognac avec des eaux de vies 100% Sémillon.
Une trentaine d’autres cépages rouges et blancs sont aussi là pour rappeler au visiteur que le vignoble charentais produit non seulement des Cognacs, mais aussi des Vins de Pays et des pineaux. Du vin à Cognac, ce n’est pas une innovation totale, mais un retour aux sources; avant le boom des eaux de vie au 18° siècle, les vins de Charente étaient aussi réputés que les vins de Bordeaux, et les Borderies qui vous environnent produisaient des vins liquoreux très prisés.
Ce jardin de cépages peut vous sembler statique : pourtant il n’a rien d’un Musée endormi. Il cache une activité intense de prospection et de recherche visant à la sauvegarde de la diversité et du goût.

Depuis 2003, Sébastien Julliard, jeune directeur du conservatoire du vignoble, a entrepris un programme systématique d’identification et de sauvetage des cépages « perdus» à travers tout le vignoble de Cognac.
Pour le coup Indiana Jones autant que Sherlock Holmes, il sillonne les deux Charentes pour retrouver les cépages oubliés. Enquêtes systématiques auprès de viticulteurs et appels spontanés ont permis de localiser des dizaines de cépages « inconnus » à travers ceps isolés, vignes sauvages, très vieilles parcelles. Depuis le démarrage du programme, plus de 60 cépages anciens ont été ainsi repérés.

Sauver un cépage peut paraître plus étrange que de sauver une espèce animale, mais le but est le même : garder un maximum de diversité génétique.
Ce n’est pas dans un seul but scientifique; ces cépages inexploités recèlent peut-être des qualités qui en feraient de très bons cépages de production : résistance à des maladies, voire trésors aromatique…

Classés, répertoriés, ils sont implantés pour essais chez des viticulteurs, afin d‘évaluer leur potentiel et d’en faire éventuellement un jour des cépages producteurs reconnus.
Ils subissent alors le même sort que les quelques pieds de vigne que vous avez sous les yeux : leurs raisins récoltés sont vinifiés dans des cuves minuscules (5litres!) puis « micro-distillés » dans des alambics de dînette: tout ceci pour évaluer les qualités des cépages inconnus, et le comportement « de l’année » des cépages courants.
Les raisins que vous voyez mûrir ne sont donc destinés ni aux oiseaux ni aux enfants, mais à des séries d’expérimentation précieuses…
Le travail d’Indiana Jones- Julliard terminera peut-être un jour dans votre verre...et qui sait, peut-être même dans un verre de Cognac aux senteurs imprévisibles…

Ceci dit, entre le temps des expérimentations et celui de l’élaboration, je crains que ce ne soit plutôt dans le verre de vos enfants que dans le vôtre…
Raison de plus pour les emmener en promenade au Conservatoire….

 
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